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Velo-city 2017 aux Pays-Bas : retours sur une semaine bluffante

Les DRC étaient largement présents au sommet mondial du vélo Velo-city, qui a rassemblé 1700 congressistes de 40 pays entre les villes d’Arnhem, Nimègue et Amsterdam aux Pays-Bas, presque une semaine durant. L’occasion d’un ébahissement mérité, de partager, de s’inspirer évidemment aussi. Retour sur ce sommet mondial, la place du vélo aux Pays-Bas, le réseau express, l’intermodalité, la compétence et sur une stratégie vélo pour l’Europe.

Melting-pot percutant

Velo-city est au monde professionnel du vélo ce qu’Erasmus est au monde universitaire. Un grand melting-pot réuni autour d’un mot d’ordre « Cycling of freedom ». Un sommet mondial du vélo aux Pays-Bas suscite intérêt et curiosité, si bien que la délégation française, tous acteurs confondus, était venue en nombre. Si les DRC avaient déjà proposé un aperçu du vélo aux Pays-Bas à l’occasion de leurs Rencontres dans la Drôme en 2015, constater sur place et de visu fascine encore et toujours. « Il faut bien commencer quelque part. Nous, cela fait quarante ans que nous y travaillons », rassurent unanimement les correspondants néerlandais. Certes, mais quand même, la marge de progression est… immense.

Délégation française Velo-city 2017 ©DRC

Le vélo aux Pays-Bas

Sans conteste la première nation du vélo au monde, la part modale est de 27 % et atteint entre 30 et 40 % dans les villes comme Amsterdam, Utrecht ou Groningen. Les Néerlandais parcourent 4,5 milliards de trajets à vélo par an dont un tiers font 7,5 km. Pourtant, les Néerlandais expliquent leur combat contre la place trop prépondérante de la voiture, dont la part modale nationale est de 45 %. Cette voiture, ils l’estiment trop coûteuse pour la société à laquelle elle fait perdre 1 € pour chaque kilomètre parcouru… lorsque le rapport coût/bénéfice du vélo s’avère lui économique avantageux. Pragmatiques, les Néerlandais cherchent à améliorer encore la circulation des vélos. Leur « Tour de Force », sorte de plan d’action national vélo 2017-2020, vise +20 % de kilomètres parcourus sur dix ans. Pour cela, il entend optimiser l’intermodalité vélo-transports collectifs (voir ci-dessous) et vélo-voiture ; favoriser l’inclusion des minorités et des séniors dans la pratique du vélo ; lutter contre la congestion motorisée et pour la qualité de l’air. Comment ? En laissant encore plus de place pour le vélo et en renforçant la qualité et donc la fréquentation des grands itinéraires régionaux. Le VAE change évidemment la donne sur les vitesses et les distances et bien malin celui qui sait jusqu’où le phénomène conduira. L’expérimentation néerlandaise est permanente, à l’instar d’Utrecht, qui constate que la suppression des feux dans certaines intersections hyper fréquentées va dans le sens de la sécurité des cyclistes.

Réseau express vélo

On en parle en France, on cite l’Allemagne, on en fait presque un marronnier de la presse spécialisée… le réseau express vélo a montré toute son efficacité à l’occasion de Velo-city. Celui entre les villes d’Arnhem et Nimègue offre 18 km de piste cyclable rouge bidirectionnelle de 4 m de large, ininterrompue, grâce aux passage supérieurs ou inférieurs, une priorité aux droits des intersections et des ronds-points, une signalisation évidente et un éclairage high-tech de nuit. Résultat ? Un réseau top qualité, un parcours dont la distance ne refroidit même plus les plus hésitants, grâce au VAE. Les cyclistes ne boudent pas leur plaisir et lorgnent sur les automobilistes de l’autoroute juste à côté, coincés dans leur habitacle. « De plus en plus de gens considèrent le vélo comme une bonne alternative. Il leur évite les embouteillages, permet de se déplacer vite, de rejoindre leur train ou leur bus ou d’éviter des transports publics bondés », explique la province de Gelderland qui aura achevée 100 km de réseau express d’ici 2018. « Les voies rapides à vélo sont un plus pour la province de Gelderland : elles fluidifient le trafic motorisé, offrent un environnement apaisé et un air plus propre ». La solution aux embouteillages ? « Moins de place pour les voitures », répond l’édile de Nimègue, Harriet Tiemens. Aujourd’hui, le réseau express vélo rapproche Arnhem et Nimègue au point qu’elles semblent ne faire qu’une.

Un cycliste ordinaire

Mesure-t-on le niveau de cyclabilité d’un pays à la pratique de ses plus hauts représentants ? Le Roi des Pays-Bas, peu loquace dans le cadre de ses fonctions protocolaires, a beau être pilote de ligne sur KLM, il accompagne ses enfants à l’école en vélo cargo le jour de la rentrée. Un acte (royal) ordinaire. Royaliste ou non, l’ouverture de Velo-city par le plus haut dignitaire du pays nous pose le niveau de reconnaissance de ce mode de transport. On se prend d’ailleurs à rêver voir le Président Macron se rendre à vélo rue du Faubourg -Saint-Honoré en plus de ses balades au Touquet le weekend.

Ouverture de Velo-city 2017 par le Roi des Pays-Bas ©ECF

Intermodalité ? Une évidence

Stationner un vélo dans chaque gare au point de départ et d’arrivée, s’abonner à un système de vélos publics sont les solutions les plus encouragées. Mais embarquer son vélo à bord est également possible. Les lignes ferroviaires nationales et régionales ne dépendent pas des mêmes opérateurs ? Qu’à cela ne tienne, pour un ticket à 6 € en plus de son titre de transport, il est possible d’embarquer son vélo dans n’importe quel train des Pays-Bas en dehors des heures de pointe. « Le vélo est le mode de transport préféré des passagers du train », explique NS, la compagnie ferroviaire nationale. « 50 % d’entre eux se rendent à la gare à vélo ». Pour solutionner la question devenue épineuse de l’immense stationnement dévolu aux vélos à proximité des gares, NS développe le système OV-Fiets depuis 2008. Aujourd’hui, 300 gares du pays sont dotées de parkings surveillés, débouchant directement dans la gare. 200 000 abonnés empruntent le système qui fait « passer d’une logique de possession à une logique d’usage » et offre de déposer un vélo en gare de départ et de disposer d’un vélo en gare d’arrivée. L’expérience est si concluante que NS trouve l’affaire économiquement avantageuse et pourrait bientôt exporter ses solutions. La SNCF n’a qu’à bien se tenir.

Station vélos à la gare d’Amsterdam ©DRC

Le vélo en France vu des Pays-Bas

Le royaume du vélo s’ouvre cependant aux expériences d’ailleurs. Velo-city en donnait une merveilleuse occasion. Les DRC, sélectionnés pour trois interventions, ont pu partager certaines thématiques françaises. Sur la gouvernance du tourisme à vélo, Agathe a présenté le mécanisme des comités d’itinéraires. Dorothée a dévoilé en avant-première l’étude sur le tourisme à vélo dans les villes françaises. Camille a débattu sur l’éternel recommencement des élections, leur rôle sur les politiques cyclables et l’importance de mener campagne sur le vélo. Force est de constater que l’intérêt pour le vélo en France est manifeste. « La France a des routes et petits chemins tellement magnifiques. C’est un bonheur d’y faire du vélo » témoigne Eric Nijland, directeur de Fietsplatform, un avisé observateur du tourisme à vélo en Europe. Forcément on apprécie… et on mesure le travail à accomplir.

Export

Copenhague apparaît souvent comme l’exportateur d’image et de connaissance en matière de vélo. La ville de la petite sirène semble mieux marketer son statut de référence sur le vélo et exporter ses compétences que les Pays-Bas. Avec Velo-city 2017 cependant, les Néerlandais semblent avoir surmonté leur quant-à-soi sur le vélo et reconnu en connaitre un rayon. Assez peu de documentation néerlandaise de référence était traduite ou disponible en anglais jusqu’alors. Moins en tous cas que les Danois ou les Allemands semble-t-il. Désormais, le manuel « Design manual for bicycle traffic » de la plateforme de connaissances techniques CROW (« Manuel d’aménagement pour la circulation des vélos », ndlr) est traduit et commercialisé en anglais. Et puisque le développement du vélo est devenu d’intérêt mondial… les yeux se tournent, tout naturellement, vers les Pays-Bas.

EU cycling strategy reçu par Violeta Bulc ©ECF

Cap Europe 2030

Évidemment, Velo-city est aussi un congrès d’influence lobbyiste. Cette édition, deux ans avant les élections du parlement européen, aura été l’occasion pour l’European Cyclists’ Federation (ECF) de remettre sa EU cycling strategy à Violeta Bulc, Commissaire européenne aux transports. « Nous ne demandons aucun traitement de faveur, nous voulons juste mettre le vélo au même niveau que les autres modes de transport » explique Benhard Ensink, secrétaire général de l’ECF. « Le vélo génère 513 milliards d’euros de bénéfices économiques en Europe chaque année. Nous pouvons porter ce chiffre à 760 milliards d’euros d’ici 2030 ». Plus de 1000 personnes de tous horizons ont collaboré à l’établissement de cette stratégie qui, si elle est adoptée au niveau européen, pourrait augmenter de 50 % l’utilisation du vélo en Europe. « Nous devrons également travailler à faire en sorte que le vélo soit mieux représenté, en particulier dans le cadre du financement pluriannuel après 2020 » indique la Commissaire européenne. C’est noté.

Camille Thomé

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