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La Drôme, département cyclable

Vélo & Territoires n°27 - Printemps 2012

Patrie chère au coeur de Madame de Sévigné, de Paul-Jacques Bonzon, de Jacques Ta rdi ou de Sébastien Chabal, bordée par cinq département (Ardèche, Isère, Hautes-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence et Vaucluse), la Drôme est également une terre de vélo au carrefour d’itinéraires transversaux. Instantané d’un département en mouvement.

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Interview de Jean SERRET, Conseiller général du canton de Crest nord, délégué aux services publics et aux déplacements doux, maire d'Eurre

Quand a eu lieu le déclic vélo sur la Drôme ?
Etant élu depuis tout récemment à ce poste, je n’aurai pas la prétention de détenir la vérité sur ce sujet. Néanmoins, en tant que citoyen drômois et maire de la commune d’Eurre depuis 22 ans, je pense pouvoir situer le virage au début des années quatre-vingt dix, au moment de la Drôme à vélo, qui faisait elle-même suite à la Drôme à cheval.



Quels sont aujourd’hui les principaux chantiers en cours ?
Nous avons tout d’abord la ViaRhôna, qui est un immense projet structurant et dont le Conseil général de la Drôme assure la maîtrise d’ouvrage. Nous avons ensuite cet itinéraire qui longe l’Isère et relie Pont d’Isère à Genève, en passant par Grenoble… A eux deux, ces projets mobilisent plus de 25 millions d’euros de budget, mais s’avèrent fondamentaux dans l’optique qui est la nôtre de constituer un véritable maillage à l’échelle de notre département… A côté de ces deux projets, nous travaillons également sur les surlargeurs cyclables au niveau des routes départementales, ainsi que sur la question de l’accès aux collèges, notamment.


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Comment travaillez-vous avec le département voisin, l’Ardèche ?
De par le tracé de la ViaRhôna, qui navigue d’un département à l’autre à plusieurs reprises, nos deux collectivités travaillent effectivement main dans la main. Nous avons ainsi une assemblée bi-départementale, qui se réunit deux fois par an… A côté de cela, n’oublions pas le rôle capital joué par la Région Rhône-Alpes et la Compagnie nationale du Rhône dans la mise en route du processus, ainsi que l’apport des communes et des communautés de communes.
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Pratiquez-vous vous même le vélo ?
Et comment ! Vous savez, je mesure 1,82 m et pèse 97 kg. Il y a quinze ans, j’ai dû être transporté en hélicoptère pour subir un double pontage. Le chirurgien m’a alors dit quelque chose que je n’ai jamais pu oublier. Il m’a dit : « de la même manière que vous prenez une douche par jour, pensez à accorder le même soin à votre coeur, à votre intérieur ». Depuis lors, je pars régulièrement à vélo avec ma femme le week-end ou en vacances. C’est non seulement très bon pour la santé mais aussi excellent pour s’aérer l’esprit. Et nous aimons beaucoup ces rencontres éphémères, ces personnes qui font un bout de route avec vous puis continuent dans une autre direction… et que nous retrouvons parfois, plus tard et plus loin. 


Interview de Pascal-Eric CHOMEL, directeur des routes adjoint du Conseil général de la Drôme.

vt28-dossier-drome6_400_01Quels sont les caractéristiques du département de la Drôme et leurs incidences en matière de politique cyclable ?
Le département de la Drôme peut se prévaloir d’une grande variété de paysages. Il y a un relief varié, que ce soit de la plaine vers le Rhône, des collines et même de la montagne - nous comptons ainsi 88 cols routiers, certes pas des grands “noms“ mais suffisamment intéressants pour la pratique sportive. Tout ceci milite pour une pratique loisirs, renforcée par un tissu associatif de cyclistes mais aussi de pratiquants du roller. Plusieurs actions du CG26 ont été reprises dans la charte cyclable de la Fédération française de cyclotourisme. La politique cyclable du CG26 a donc démarré très tôt.

Justement, quelles ont été les grandes dates et les grands axes de la politique cyclable du CG26 ?
Tout a commencé dès les années quatre-vingt-dix, sous l’impulsion du directeur du Service technique départemental de l’époque, Janick Sylvestre . Il y a d’abord eu la production de la Drôme à Vélo, une cyclocarte et un cycloguide édités en 1993 et actualisés en partenariat avec IGN en 2004. La Drôme à Vélo, ce sont 2 100 km de voies balisées, dont 1 500 km sur des routes à faible trafic. C’est une destination très appréciée et reconnue par les associations. A côté de cela, un effort considérable est également porté sur les accotements revêtus, aussi appelés bandes multifonctionnelles. Depuis le début des années quatre-vingt dix, tout aménagement de route départementale au trafic supérieur à 3 000 véhicules par jour s’accompagne de bandes multifonctionnelles de 1,50 m de large. Pour les routes départementales où le trafic est compris entre 1 500 et 3 000 véhicules par jour, les accotements revêtus sont de largeur plus faible (soit un mètre si fort trafic vélo). A ce jour 310 km de routes départementales sont ainsi équipés. A noter que depuis 2009 une signalisation spécifique informe les usagers sur la bonne utilisation de cette surlargeur. Par ailleurs, une attention particulière est également portée au traitement des giratoires. Là aussi des séparateurs sont placées aux entrées et aux sorties de giratoires de plus de 15 m de rayon, afin d’éviter aux cyclistes de se retrouver “coincés“. Désormais c’est au-delà de 20 m de rayon que ce dispositif est mis en oeuvre. Enfin, des plans de déplacements des collégiens ont été mis en oeuvre dès 2009. Ils sont axés sur la sensibilisation, l’information et l’accompagnement à l’aménagement de liaisons cyclables sécurisées pour accéder aux collèges.

Qu’en est-il en matière de véloroutes et de
voies vertes ?
L’itinéraire phare chez nous, c’est la ViaRhôna. Après étude de définition par Territoire Rhône au début des années 2000, le Département a délibéré en 2002 pour acter son intention de prendre la maîtrise d’ouvrage, et l’a confirmée en 2005, concomitamment avec le protocole d’accord Région / Compagnie nationale du Rhône, la même année. En 2007, un protocole d’accord a également été conclu avec le Conseil général de l’Ardèche sur la répartition des sections alternativement entre rive gauche et rive droite du Rhône. A côté de la ViaRhôna, le Conseil général de la Drôme a acté en juillet 2007 la décision de porter la maîtrise d’ouvrage de la VVV de la Vallée de l’Isère, autre itinéraire inscrit au Schéma national des véloroutes et voies vertes. Avec ViaRhôna, cet itinéraire constitue l’armature principale des VVV dans la Drôme. S’agissant du Schéma régional, la Région Rhône- Alpes a lancé en 2004 une réflexion sur ce thème avec les intercommunalités, dont le Conseil général de la Drôme s’est emparé pour son territoire. Cette réflexion a rapidement abouti à un schéma à l’échelle du département. Outre les deux VVV d’intérêt national, huit VVV d’intérêt départemental ont été conçues pour irriguer le territoire.

vt28_-_cg26_-_serie_photos_400Combien cela représente-t-il de kilomètres d’aménagements cyclables sur le département ?
D’ici fin 2013, le territoire drômois devrait compter 117 km de véloroutes et voies vertes. Ces 117 km se répartissent comme suit : 67 sur la ViaRhôna, 42 le long de la Vallée de l’Isère et 8 km entre Valence et le Parc départemental de Lorient. A ces 117 km, il convient d’ajouter les 310 km de bandes multifonctionnelles évoquées plus haut, ainsi que les 2 100 km de routes balisées dans le cadre de la Drôme à Vélo, les plans de déplacements pour les collégiens et les bananes à l’entrée des sens giratoires.

Pour un territoire semi-rural comme la Drôme, où la voiture reste prépondérante, quels arguments sont mis en avant pour permettre à ces projets d’avancer ?
En 2007, une étude d’Inddigo-Altermodal a permis d’estimer les retombées économiques de la ViaRhôna à deux millions d’euros par an, et celles de la VVV de la Vallée de l’Isère à 700 000 euros par an. Ce sont des arguments de ce type qui confortent les élus dans l’idée qu’il y a un réel intérêt à développer le tourisme par ce biais. Les VVV contribuent ainsi fortement à l’aménagement du territoire et permettent de proposer une offre touristique destinée à un large public de proximité et de l’extérieur. Si vous ajoutez à cela l’aspect lien social, découverte du territoire ou de son patrimoine, vous constatez que cela répond à une vraie demande sociétale. Et cette demande est d’ailleurs en train d’évoluer, puisque nous sommes passés d’une approche orientée tourisme et loisirs à des attentes autour des déplacements domicile-travail.

Quel budget le Conseil général consacre-t-il à ces aménagements ?
En sa qualité de porteur de projet, la participation du Conseil général de la Drôme s’effectue dans le cadre d’un partenariat large. Pour ViaRhôna, ce partenariat est mené avec la Région Rhône-Alpes, la Compagnie nationale du Rhône, les communes et les communautés de communes. Pour la VVV de la Vallée de l’Isère, il s’agit des mêmes acteurs auxquels il convient d’ajouter Electricité de France et Veolia. Entre 2009 et 2013, le budget consacré par notre Département à la ViaRhôna et à la VVV de la Vallée de l’Isère est chiffré à 25,7 millions d’euros, dont 14,2 millions ont déjà été consacrés à la ViaRhôna entre 2009 et 2011. Cela représente donc un effort majeur, à hauteur de 5 millions d’euros par an pendant cinq années consécutives… S’agissant du budget alloué aux bandes multifonctionnelles - lorsqu’un recalibrage de voirie s’impose -, il est de l’ordre de 200 000 à 300 000 euros par an. Et nous consacrons enfin de l’ordre de 100 000 euros par an pour subventionner les aménagements cyclables réalisés autour des collèges.

Qu’en est-il de la signalétique ?
Pour la ViaRhôna, nous nous conformons à la charte graphique régionale, avec les panneaux relais information service, les totems informant sur les bons usages, les panneaux thématiques consacrés au territoire environnant à découvrir sous les aspects paysager, patrimonial, touristique ou encore faunistique.

Quelles sont les échéances à venir ?
S’agissant de la Vallée de l’Isère, la déclaration d’utilité publique est intervenue en janvier 2012. Nous espérons démarrer les travaux à l’automne 2012 pour une mise en service fin 2013 des 42 km finaux… Pour ViaRhôna, à ce jour, les sections reliant Saint Rambert-d’Albon à Saint-Vallier et Tain-l’Hermitage à Valence ont été mises en service en juin 2010 et une passerelle sur l’Isère a été inaugurée en mai 2011. En novembre 2011, nous avons pu mettre en service les sections 3 (La Voulte / Livron / Loriol / Le Pouzin) et 4 (d’Ancone à Chateauneuf-du-Rhône). Il nous reste encore 6 km entre Pierrelatte et le Vaucluse, et la difficulté à cet endroit va être le franchissement d’une route à 11 000 véhicules par jour. Cette portion fait actuellement l’objet d’études complémentaires. La particularité de ViaRhôna dans la portion qui nous concerne, c’est qu’elle comporte cinq sections dans la Drôme et quatre en Ardèche. La question de la continuité prend ici tout son sens. De fait, en 2007, nos deux Départements ont signé un protocole d’accord afin de déterminer en quels points précis s’effectuaient les jonctions. Mais en attendant que le tracé ardéchois soit opérationnel, nous mettons en place un balisage de continuité côté drômois par de petites routes à faible trafic, sur le principe de La Drôme à Vélo, afin que les cyclotouristes en particulier ne soient pas perdus !

Vous parliez d’une passerelle sur l’Isère… Le 10 mars 2012, le Conseil général de la Drôme a inauguré une autre passerelle, située cette fois sur la Drôme. Sa particularité est d’être située en zone Natura 2000. Compte tenu des critères très stricts à remplir pour traverser ce type d’espace protégé, comment une telle “prouesse“ a-t-elle été possible ?
Plusieurs facteurs ont concouru. Tout d’abord l’emplacement de cette passerelle sur la Drôme, dans la section La Voulte / Livron / Loriol / Le Pouzin. La ViaRhôna traverse une réserve naturelle de chasse et de pêche, elle-même encadrée par la directive Oiseaux et par la directive Habitats. Notre idée ? Amener le tracé à passer par un site de ce type afin de le faire découvrir aux usagers. Bien entendu, l’obtention de ce passage en zone protégée a fait l’objet d’une intense négociation sur l’emplacement exact de la passerelle – pour l’anecdote, il avait même été suggéré à l’époque un franchissement
de la Drôme par bac à trail !... Le tout s’est accompagné de mesures compensatoires.

Quelles ont été ces mesures ?
Le Département s’est engagé à réhabiliter des phragmitaies, cette végétation de roseaux située au bord des rivières, mais aussi à aménager des talus pour permettre la nidification du guêpier d’Europe, des nichoirs à chauve-souris ou un ilôt à sternes, le tout accompagné d’une obligation de suivi sur cinq ans, lequel a été confié au conservateur de la réserve naturelle des Ramières. Par ailleurs, les piles du pont ont été construites directement depuis la rivière, à partir d’une barge, afin de moins impacter les berges.

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Ce passage en zone protégée a-t-il également eu une incidence sur le type de revêtement choisi ?
Tout à fait, et nous avons de fait procédé à l’application d’un revêtement adapté. Le revêtement que nous avons choisi se veut un compromis entre le “pas de revêtement du tout “ préconisé par les environnementalistes et le roulant souhaité par le Conseil général - nous utilisons partout ailleurs de l’enrobé uniformisé. Nous avons donc opté pour un enrobé non bitumeux avec liant synthétique incolore. Alors certes, ce revêtement coûte quand même 250 000 euros supplémentaires pour une portion de 4 km, mais il offre en retour plusieurs avantages : selon les environnementalistes, il ne serait pas dérangeant pour la microfaune, et il s’intègre visuellement dans le paysage tout en signifiant aux usagers “attention, vous entrez ici dans une portion différente“. Et ce sentiment est renforcé par la présence de panneaux d’informations pédagogiques et de palissades pour ne pas déranger la faune et la flore.

Les négociations ont-elles été longues ?
De manière générale, le travail de concertation n’est jamais à sous-estimer dans ce type de configuration - j’en veux pour preuves nos fréquentes discussions avec les pêcheurs pour pouvoir cohabiter sereinement. Alors oui, les discussions avec les services instructeurs de l’Etat se sont étalées sur plusieurs années. L’enquête publique remonte à 2008, une époque pourtant proche mais où les exigences étaient légèrement plus abordables qu’aujourd’hui.

Vous parliez du choix de l’enrobé pour le revêtement, pourquoi un tel choix ?
Le Département a en effet fait le choix, de longue date, de mettre en oeuvre un revêtement en enrobé. C’est la solution optimale pour la circulation sur une VVV de tous types d’usagers : cyclistes, rollers, fauteuils roulants, poussettes d’enfants... Seul l’enrobé est à même de garantir les conditions de ce multi-usage. Par ailleurs, je signale qu’outre le revêtement, des efforts particuliers ont été faits pour les personnes à mobilité réduite : recherche de pentes les plus faibles possibles, même sur des rampes de raccordement aux points de jonctions, positionnement adéquat de la signalétique pour être lisible par tous, comme aussi des bancs et tables sur les aires de repos. Nous avons profité du passage sur ViaRhôna le 11 avril du défi Handi’Cap 2012 (que nous soutenons) pour promouvoir cet équipement auprès des handicapés qui trouvent là un lieu idéal pour une promenade adaptée et sécurisée.

Des comptages ont-ils déjà été effectués en certains points de ces itinéraires ?
Oui. Cinq Eco-compteurs ont été placés à ce jour. Sur le tronçon entre Saint-Rambert et Saint-Vallier par exemple, où l’étude d’Altermodal en 2007 tablait sur 46 000 passages par an, ce sont en réalité 60 000 passages qui ont été mesurés sur l’année 2011, soit une moyenne très encourageante de 170 passages par jour. Entre Tain et Valence nous en sommes à 210 passages moyens par jour, avec un pic à 2 300 passages sur une seule journée. C’est d’ores et déjà un véritable succès. Les Drômois se sont appropriés cet équipement et le plébiscitent par une fréquentation supérieure aux prévisions, alors même que l’aménagement en continu n’est pas assuré en rive droite du Rhône. Ces résultats restent encore à lisser, mais ils font d’ores et déjà apparaître une tendance étonnante : ces itinéraires sont davantage empruntés dans le sens nord-sud que dans le sens sud-nord. Est-ce l’effet du mistral ? Est-ce l’idée de rouler dans le sens d’écoulement de l’eau ? Difficile de se prononcer en l’état actuel des données, mais des enquêtes plus poussées sont prévues au cours des prochains mois. En tous les cas, cela montre également que ViaRhôna génère des trajets en boucles ,plutôt que des allers-retours systématiques. Cela permet donc aux utilisateurs de découvrir les territoires environnants.

ANTHONY DIAO

La Drôme en bref
Préfecture: Valence
Superficie: 6530 km²
Population: 482 984 habitants
Densité: 74 hab/km²
Président: Didier GUILLAUME

Pour en savoir plus :
www.ladrome.fr
www.ladrometourisme.com

 

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