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La Gironde, territoire cyclable

Extrait de Vélo & Territoires 49

Plus vaste département de la France métropolitaine et plus vaste estuaire d’Europe, la patrie de Montesquieu, d’Alain Giresse, du commandant Cousteau ou de François Mauriac cache, derrière les superlatifs, une authentique sensibilité cyclable, longtemps axée tourisme et en passe de devenir plus utilitaire. Explications.


Entretiens avec :

  • Anne-Laure Fabre-Nadler, vice-présidente du conseil départemental de la Gironde en charge des mobilités
  • Marie-Paule Thibault, en charge des politiques cyclables

À quelle époque la Gironde a-t-elle commencé à s’intéresser au vélo ?
Anne-Laure Fabre-Nadler : Dans les années soixante-dix, le territoire de la Gironde était doté d’un foncier intéressant, via notamment un maillage dense le long d’anciennes voies ferrées d’intérêt local. Deux d’entre elles – Bordeaux-Lacanau et Lège-Biganos – furent reconverties en pistes cyclables dès le milieu des années quatre-vingt. Puis, dans les années quatre-vingt-dix, la volonté d’élargir ce réseau s’est faite plus importante encore avec les premières pistes ONF sur la façade littorale. Au plan local, un premier schéma directeur fut mis en place en 1992 visant avant tout à ancrer les premières réalisations. Deux autres suivirent en 1996 et 2010. Depuis décembre 2016, le nouveau Plan vélo pour la période 2017-2030 s’efforce de poursuivre ces efforts eu égard à la part modale encore trop faible des déplacements quotidiens à vélo en Gironde.

Marie-Paule Thibault : La part modale du vélo s’élève aujourd’hui à 3 %. Sans aller jusqu’à 40 %, nous espérons bien évidemment gagner quelques points, notamment en travaillant en lien avec Bordeaux Métropole afin d’améliorer les connexions entre le réseau cyclable métropolitain et les communes périphériques. La question du désengorgement aux heures de pointe autour de l’agglomération bordelaise est devenue cruciale, tout comme celle du maillage autour des deux grands bassins d’emploi que constituent la métropole et le bassin d’Arcachon.

Quels sont les atouts et les freins du territoire, en matière cyclable ?
MPT : Nous avons la chance d’être un territoire plutôt plat dans l’ensemble, à l’exception de l’Entre-deux-Mers et du Libournais. Proposer des mesures moins chères, plus concrètes et plus
rapides, c’est aussi un moyen de composer avec les impératifs de protection environnementale.

Pendant longtemps, la Gironde a surtout été considérée comme un grand département touristique…
ALFN : Effectivement, puisque nous avons La Vélodyssée, le Canal des 2 mers à vélo, La Scandibérique et, depuis 2016, le Tour de Gironde à vélo. Avec le recul des années, sans doute que le fait d’axer notre politique cyclable sur le tourisme nous a-t-il fait rater un virage, alors le temps est venu d’un élargissement de notre politique cyclable. Il y a des réponses multiples aux contraintes de déplacements du quotidien, et le vélo a sa part.

MPT :
Aujourd’hui l’idée est de dépasser à la fois cette dimension touristique ainsi que la stricte logique de site propre, dont le coût réel ou supposé tend notamment à refroidir les Communautés de communes. Notre volonté est de travailler avec les partenaires locaux, notamment sur les routes à faible fréquentation, afin de proposer des parcours cohérents et sécurisés.

ALFN : C’est la raison pour laquelle notre nouveau Plan départemental de déplacements à vélo comporte quatre orientations majeures : d’abord, nous cherchons à favoriser le développement de la pratique quotidienne du vélo ; ensuite nous voulons améliorer le réseau cyclable départemental tout en veillant à sensibiliser et à communiquer sur la pratique du vélo ; enfin, dernier point, l’un de nos objectifs est d’améliorer la gouvernance des politiques cyclables.

Quel budget est consacré à la politique cyclable ?
ALFN : Aujourd’hui tout le monde est en restriction budgétaire. Il ne s’agit pas pour autant de se voiler la face : la demande est réelle, notamment sur le périurbain où les gens saturent de passer deux heures matin et soir pour parcourir 15 km. Notre rôle est d’être incitatifs, d’apporter un accompagnement financier et technique à nos interlocuteurs.

MPT : Pour la période 2014-2017, notre budget s’élevait à 6,4 millions d’euros, et 300 000 euros supplémentaires étaient alloués chaque année à l’entretien des itinéraires cyclables en maîtrise d’ouvrage directe. Des participations de 15 000 euros par an sont par ailleurs consacrées aux comités de pilotage de La Vélodyssée, 10 000 à La Scandibérique et 10 000 à l’Entre-deux-Mers. Ces sommes ont toutes été reconduites pour la période 2017-2019, et celle de La Vélodyssée vaut jusqu’en 2020. Enfin, le Département subventionne les Communes et les EPCI au titre du soutien au report modal pour les déplacements des personnes.

ALFN : Le programme 2018-2020 prévoit pour sa part un budget de 8 millions d’euros pour la réalisation d’aménagements cyclables supplémentaires. 1,3 million d’euros seront en outre consacrés aux actions liées au Plan vélo que constituent les programmes de remise en selle, de stationnement, de sensibilisation ou de communication.

MPT : Nous poursuivons également notre Plan collège, qui concerne douze niveaux en Gironde dans la continuité des ateliers de remise en selle conduits à Saint-Jean d’Illac. La santé, la sécurité, l’autonomie des élèves, toutes ces thématiques sont liées. Nous sommes enfin très attachés à la dimension insertion sociale à l’instar de l’initiative que nous venons de citer.

Combien de kilomètres sont accessibles à présent ?
MPT : À ce jour 360 km existent en site propre. 110 km sont jalonnés, dont 86 km sur le Canal des 2 mers à vélo. Nous avons 43 km d’emprises encore disponibles. Quant à La Vélodyssée, elle concerne un linéaire de 185 km en Gironde, dont 90 % sont en site propre.

Quelles sont les échéances à venir ?
MPT : Pour 2018, nous espérons pouvoir aménager la voie verte de Bazas à Captieux, ainsi que la portion de véloroute du Canal des 2 mers à vélo entre Cubzac et Blaye. Le tracé d’un bout de La Scandibérique/EuroVelo 3 situé entre la D803 et le Nord de la Gironde est en cours de validation. Nous sommes enfin en train de prospecter pour trouver un tracé le long de la Dordogne sur la V91. L’objectif est de mener ces réalisations à bien tout en portant plus activement notre action sur le périurbain.

Quels sont les gros enjeux du moment, pour vous ?
ALFN : Il est crucial pour nous de mieux travailler avec la Métropole. La mobilité est en effet le premier problème en Gironde. Avec un Conseil départemental de gauche et une Métropole de droite, il est important de parvenir à avancer ensemble… Nous travaillons également en concertation avec les Intercommunalités. Il en va ainsi du Créonnais, un territoire d’expérimentation que je connais bien puisqu’il s’agit de mon canton. Nous demandons aux trois Communautés de communes de désigner un élu référent, c’est-à-dire une personne capable de comprendre les noeuds de son territoire. Ce sont ces élus référents qui donneront envie aux autres. Avec la loi NOTRe, nous venons de récupérer ces thématiques. C’est mon crédo, il y a moins de lourdeur alors nous espérons avancer vite.

MPT : La pérennité de l’infrastructure passe par le revêtement et l’entretien, lequel se fait en régie par les services du Département.

ALFN : Nous sommes aujourd’hui à la recherche d’une signalétique spécifique en temps, dans les 10 km d’un bassin d’emploi. Car voir apparaître sur un panneau qu’il faut moins d’une heure pour parcourir à vélo quelque chose qui pourrait prendre 1 h 30 en voiture, ça peut accélérer cette prise de conscience. À ce titre, rendre ces estimations rapidement consultables sur les smartphones nous apparaît aussi l’un des enjeux de demain.

Des statistiques ont-elles été relevées ?
MPT : Une enquête sur la fréquentation touristique a effectivement été réalisée en 2016. Elle révèle  que 35 % des visiteurs en Gironde font du vélo, et que le vélo est la 3e activité pratiquée par  les touristes en Gironde. Par ailleurs il y a aujourd’hui 37 compteurs sur le réseau cyclable départemental. Ils font apparaître une forte hausse de la fréquentation entre 2014 et 2015, mais un léger ressac en 2015 et 2016.

Que vous apporte la dynamique DRC ?
ALFN : Les dernières Rencontres des DRC chez nos voisins de la Charente-Maritime nous ont rappelé que nous ne sommes pas tout seuls. On y parlait le langage vélo, et couramment. Et je peux vous dire que ça fait du bien, à une époque où, dès que nous avons passé le deuxième kilomètre, la voiture reste encore malheureusement le mode de déplacement principal. Je suis d’autant plus sensibilisée à la question que je suis une jeune maman, j’habite dans le périurbain, et j’ai hâte que mes contemporains mesurent bientôt l’évidence des solutions proposées. Elles sont rapides, moins coûteuses pour la collectivité et surtout moins polluantes. Pourquoi encore hésiter ?

Pour en savoir plus : www.gironde.frwww.gironde-tourisme.fr


Vélo-cité

Trois questions à Oriane Hommet, coordinatrice

Comment a démarré l’aventure Vélo-cité ?
L’association a été créée en 1980, à l’initiative d’un groupe d’amis et de parents soucieux de proposer une alternative au toutautomobile. En 1983, Vélo-cité organisait sa première manifestation et voyait Hélène Desplats, l’une des fondatrices, être élue sur la liste
municipale de Jacques Chaban-Delmas, avec l’idée de faire entendre la voix des cyclistes. De nombreux coups d’éclats et avancées significatives plus tard – notamment la publication remarquée au plan national, en 1991, de l’étude Vivre et circuler en ville -, l’association compte aujourd’hui 800 adhérents, trois salariés, un conseil d’administration de douze personnes et une cinquantaine de bénévoles actifs. Depuis 2008, nous sommes installés au PUMA, le Pôle urbain des mobilités alternatives, rue Ausone à Bordeaux.

En quoi le contexte est-il plus favorable aujourd’hui qu’il y a quatre décennies ?
Nous sommes aujourd’hui dans une dynamique positive et stimulante. Le Plan vélo de la métropole bordelaise a été réactualisé et, pour la période 2017-2020, l’objectif affiché est de parvenir à 15 % de part modale. Nous travaillons en étroite collaboration avec les 28 Communes du territoire ainsi qu’à la mise en place des plans de déplacements entreprises qui deviendront obligatoires en 2018.

Ce partenariat institutionnel vient-il en complément de vos actions plus militantes ?
Complètement. Nous n’oublions pas qu’à la base Vélo-cité a été créée pour faire entendre un plaidoyer. Nous poursuivons donc nos actions afin d’obtenir des aménagements cyclables innovants et de qualité, ainsi que nos actions de formation et de promotion de type vélo-écoles, remise en selle, bourses aux vélos, balades urbaines… Nous avons par exemple été lauréats d’un appel à projets sur un autre programme autour des Maisons du vélo. Celui-ci concerne quatre  communes de la rive droite de la Garonne : Bassens, Cenon, Floirac et Lormont. Tout ce qui relève du maillage du territoire s’inscrit dans la continuité de nos actions.

Pour en savoir plus : www.velo-cite.org


Le Clos d’Any à Fontet

Trois questions à Annie Tchangoue, propriétaire

Qu’est-ce qui vous a conduit à ouvrir ces chambres d’hôtes en Gironde ?
J’étais DRH dans une PME de bijouterie et d’horlogerie sur Orléans. J’étais souvent sur le terrain, au contact de la clientèle et puis à un moment mon mari et moi avons eu envie de changer de vie. Pendant une année environ nous avons prospecté un peu partout en France, et puis un jour nous avons eu le coup de cœur pour cette demeure et cette région, alors nous avons foncé. La première année a surtout été consacrée aux travaux de rénovation et, depuis mai 2015, nous avons vraiment démarré les chambres d’hôtes.

Aviez-vous dès le départ l’intention de développer une clientèle cycliste ?
Oui et non. Nous sommes nous-mêmes amateurs de vélo puisque nous randonnons régulièrement depuis des années. En nous installant à proximité du Canal des 2 mers à vélo et du Tour de Gironde à vélo, nous nous doutions bien qu’il y avait du potentiel à ce niveau. Nous avions d’ailleurs mis quelques vélos à disposition, prévu une potence pour les réparations, une pompe et même des facilités pour la lessive… Dès la première saison – et alors même que nous n’avions pas encore la marque Accueil Vélo du fait de notre démarrage tardif -, une bonne partie de notre clientèle a été constituée de touristes à vélo. Le bouche à oreille a fait le reste… avant que la marque Accueil Vélo ne double quasiment notre fréquentation !

Quels types de touristes à vélo font escale chez vous ?
Ils viennent de tous les horizons, depuis l’Espagne jusqu’aux États-Unis en passant par l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas ou le Canada, en général pour une nuitée. Au printemps et à l’automne, nous avons plutôt affaire à des couples, tandis que l’été ce sont davantage des familles. Étant nous-mêmes cyclistes, nous connaissons un peu leurs attentes, et c’est pourquoi nous leur proposons systématiquement un repas à leur arrivée. À eux ensuite de penser à confirmer !

Pour en savoir plus : leclosdany.com

Propos recueillis par Anthony Diao

Vélo & Territoires