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Tourisme à vélo sur le canal du Rhône à Sète – Entre contraintes et opportunités

Extrait de Vélo & Territoires 49

De Beaucaire à Sète, le canal du Rhône à Sète relie le Rhône au canal du Midi sur environ 100 km en traversant Camargue et étangs. Sur cette distance, La Méditerranée à vélo et la ViaRhôna relient également Beaucaire et Sète. Pourtant, elles empruntent peu le canal car de fortes contraintes d’entretien les en empêchent. Le canal du Rhône à Sète, déjà connu des clientèles fluviales, pâtit d’un déficit de notoriété comparé aux géants voisins que sont le Rhône et le canal du Midi. Quels sont alors les enjeux de son développement fluvestre ? Les Départements & Régions Cyclables se sont penchés sur la question.

Un canal contourné à vélo en raison de fortes contraintes d’entretien

La Méditerranée à vélo et la ViaRhôna ne suivent aujourd’hui que 13,6 % du canal, soit 13,4 km de Gallician à Aigues-Mortes. Pour garantir tout de même la continuité de ces deux itinéraires européens, les maîtres d’ouvrage proposent des contournements sur des routes à faible trafic lorsque cela est possible. Le tronçon de Beaucaire à Sète constitue un carrefour stratégique : dernière étape de la ViaRhôna jusqu’à Sète où se connecte le Canal des 2 mers à vélo/V80 ; continuité de La Méditerranée à vélo entre Provence et littoral ; liaison vers Montpellier et la V70 à partir de Palavas-les-Flots. Mais la vocation première du canal du Rhône à Sète est le transport de marchandises. Cela exige un entretien spécifique contraignant. D’importantes et régulières opérations de dragage garantissent la navigabilité à grand gabarit (90 m et plus). Sur la partie gardoise, le dragage intervient tous les 8 à 10 ans, contre tous les 3 à 5 ans dans l’Hérault sur des périodes longues. Sur la partie héraultaise entre La Grande-Motte et Frontignan, l’absence de rive nord réduit le champ d’intervention à la seule rive sud. Avec des opérations de dragage étalées sur 5 mois, des évacuations en 3 phases, des réfections de piste et reconstruction : les travaux s’étalent quasiment en continu sur plusieurs années. Cela explique l’opposition de VNF à la circulation des cyclistes sur le canal en l’état de La Grande-Motte à Frontignan. Pour les tronçons Beaucaire-Gallician et Frontignan-Sète, des opportunités d’aménagements cyclables sont par contre envisageables à court terme.

Dans le Gard…

Une convention de superposition d’affectations de Beaucaire à Aigues-Mortes est déjà signée depuis 2010 entre VNF et le département du Gard. De Beaucaire à Gallician, l’itinéraire n’est pourtant pas ouvert à la circulation des cyclistes. En 2017, le Département y a jalonné un itinéraire provisoire en dehors du canal pour garantir la continuité de la ViaRhôna et de La Méditerranée à vélo. Le conseil départemental du Gard est en attente d’une autorisation de VNF pour aménager l’itinéraire définitif en bord de canal. Avant cela, ils doivent trouver des solutions pour gérer des jardins familiaux, une écluse problématique et des maisons éclusières. De Gallician à Aigues-Mortes, l’itinéraire en bord de canal est aménagé. Il s’en éloigne ensuite pour emprunter le chenal maritime jusqu’au Grau-du-Roi et suivre le littoral pour rejoindre l’Hérault.

Et dans l’Hérault…

Les EuroVelo 8 et 17 suivent le littoral de La Grande-Motte à Palavas-les-Flots sur des aménagements cyclables existants. La véloroute, support des deux itinéraires, contourne ensuite le littoral et le canal par des voies partagées au trafic parfois dense et croise deux fois une voie ferrée. Cette section peu confortable gagnerait à emprunter un itinéraire plus sécurisé. Aux Aresquiers, la véloroute retrouve le bord de l’étang d’Ingrid et de la voie partagée jusqu’à Frontignan. De Frontignan à Sète une convention de superposition d’affectations a été conclue avec VNF sur une voie fluviale secondaire et les aménagements cyclables y seront réalisés prochainement par le Département. La signalisation des EuroVelo 8 et 17 sera déployée avant la saison 2018. La section la plus problématique ? Celle entre Palavas et les Aresquiers. Les habitants et touristes comprennent mal l’interdiction d’y circuler à vélo car certains usagers l’empruntent tout de même, posant un réel problème de sécurité à VNF. Seule une réhabilitation de la rive droite permettrait d’autoriser l’accès du canal aux cyclistes. Une étude à ce sujet est en cours. Le coût des travaux, pas encore connu, pourrait être un frein.

Le canal, une destination fluvestre ?

Difficile dans ces conditions de promouvoir le canal du Rhône à Sète comme une destination fluvestre. Pourtant ses atouts ne manquent pas : patrimoine fluvial et maritime d’exception entre Rhône, Camargue, étangs et Méditerranée ; villes de caractère et d’histoire entre Aigues-Mortes et son centre médiéval ; cités balnéaires de la côte ; Sète et ses joutes maritimes ; mais aussi sites naturels remarquables entre Petite Camargue et ensemble lagunaire languedocien. L’enjeu est de mettre en musique ce patrimoine par une offre d’itinérance fluvestre claire et lisible. Plusieurs pistes peuvent être envisagées pour mieux valoriser le canal du Rhône à Sète liant vélo avec l’offre fluviale. Tout d’abord déployer la marque Accueil Vélo, comme depuis peu dans l’Hérault, auprès des acteurs de la plaisance. Une meilleure lisibilité de cette offre dans la communication serait également importante. La ViaRhôna et La Méditerranée à vélo, qui vont étoffer ce volet en 2018, seront des vitrines intéressantes avec des liens entre les itinéraires. Une promotion « canal du Rhône à Sète » s’avérerait enfin utile. À travers un topoguide dédié ? Peut-être. Mais avant cela, la question de l’identité de la destination devra être posée car la promesse du « canal à vélo » n’est que partiellement tenue entre Beaucaire et Sète.

Agathe Daudibon

Focus réalisé dans le cadre du partenariat entre les Départements & Régions Cyclables et Voies Navigables de France

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